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Variant brésilien P1 : ce que l’on sait

19 Avr. 2021

Le variant BR-P1 est largement dominant en Amérique du Sud et est responsable d’une crise sanitaire majeure au Brésil. Dans un nouvel avis (16 avril), le Conseil scientifique, résume l’état des connaissances sur ce variant et développe des propositions pour anticiper qu’il ne s’installe en France.

Que sait-on du variant brésilien ? 

Le variant brésilien, appelé P1 ou 20J/501Y. V3, est minoritaire en France (environ 0,3% des souches séquencées selon la dernière enquête “Flash”).

Selon le Conseil scientifique, voici ce que l’on sait du variant P1 :

  • Il a un niveau de transmission élevé, un peu moins élevé que le variant UK. On ne sait pas encore s’il est plus létal.
  • Les vaccins ARNm ont une efficacité conservée mais diminuée vis-à-vis du variant P1 (supérieure par rapport à la réponse vis-à-vis du variant SA).
  • La France métropolitaine est probablement en partie protégée actuellement (mi-avril 2021) par la présence du variant UK. Le niveau de circulation du variant BR-P1 reste très bas.
  • L’incidence augmente fortement en Guyane depuis 4 semaines avec une présence très majoritaire du variant BR-P1, un variant anglais minoritaire et une transmission locale avérée.
  • Un risque d’extension du variant BR-P1 doit être pris en compte durant l’été 2021, si on observe une baisse du variant UK et une couverture vaccinale avec les vaccins à ARNm en hausse, mais à un niveau encore insuffisant.

Ce variant aurait émergé au mois de décembre 2020 à Manaus (Brésil). Plusieurs études menées depuis montrent une transmissibilité plus importante par rapport à la souche d’origine. “De plus, ce variant aurait la capacité d’échapper à la réponse immunitaire induite par un premier contact avec des souches d’origine, et pourrait par conséquent accroître le risque de réinfection“, commente Santé Publique France dans son bulletin épidémiologique du 30 mars.

Le variant brésilien serait également plus dangereux. En effet, selon une étude de l’Association brésilienne des soins intensifs (AMIB), publiée dimanche 11 avril, des patients plus jeunes sont plus gravement atteints qu’avant. Selon ces travaux, un peu plus de la moitié des patients en soins intensifs auraient moins de 40 ans, alors qu’au début de l’épidémie, ils étaient moins de 15%. “On voit beaucoup plus d’insuffisances respiratoires, d’embolies, d’accidents cardiaques alors que c’était très rare au début de l’épidémie”, souligne au Parisien la docteure Marie-Christine Duniau, médecin-conseil au consulat français au Brésil.

Que propose le Conseil scientifique ?

“Toute mesure freinant l’introduction et la diffusion du variant BR-P1 est souhaitable en anticipant”, souligne le Conseil scientifique :

1. Optimiser la détection et suivre le niveau de circulation du variant BR-P1 et des variants en général.

2. La suspension provisoire des vols avec le Brésil tant que n’a pas été mis en place une procédure générale sur les modalités d’arrivée parait justifiée. Elle devrait également se mettre en place avec d’autres pays d’Amérique du Sud.

3. Quand les vols avec l’Amérique du Sud reprendront, il faudrait qu’ils soient limités aux passagers justifiant soit d’un retour en France pour des français vivant à l’étranger, soit pour des raisons impérieuses et limitées pour des ressortissants sud-américains souhaitant venir en France. Cette stratégie devrait être coordonnée au niveau européen. Dans le cas de la reprise des vols, une procédure très stricte et individualisée doit être mise en place s’appuyant sur :

  • Un test PCR 48h avant le départ ;
  • Un isolement strict à l’arrivée, en milieu hôtelier si nécessaire, avec contact téléphonique dédié ;
  • Un test PCR ou antigénique à 24H et à J8 après le retour

4. Prendre en compte que l’aéroport d’Amsterdam est une plateforme commune à KLM et Air France avec le lien particulier avec le Suriname.

5. Anticiper l’arrivée possible du variant BR-P1 à l’été dans les précommandes de vaccins ciblés sur les nouveaux variants qui pourraient être disponibles à l’automne, en particulier avec Moderna.

Quelle est la situation sanitaire au Brésil ?  

Chaque jour, le pays déplore des milliers de décès et sur le seul mois de mars, 66 000 personnes ont perdu la vie au Brésil à cause du Covid. Ce pays de 212 millions d’habitants est le plus endeuillé derrière les Etats-Unis. Les hôpitaux sont saturés dans certaines régions, notamment à Sao Paulo, la capitale économique. Selon l’AFP, les cimetières y sont débordés.

Le président brésilien, Jair Bolsonaro, est très critiqué pour sa gestion de l’épidémie qu’il minimise, en remettant en question les restrictions sanitaires prises localement. La campagne de vaccination y est par ailleurs lente et décousue en raison du changement de ministre de la Santé à plusieurs reprises. La couverture vaccinale (pour la première dose) est pour l’heure de près de 10%.

Pourquoi la France renforce les mesures ? 

Jusqu’à présent, la France imposait à tous les passagers arrivant du Brésil, d’avoir un motif impérieux et de présenter un test PCR négatif réalisé “moins de 72 heures avant le départ” ainsi qu’une attestation sur l’honneur certifiant que l’on n’est ni symptomatique, ni cas contact, avec l’engagement de s’isoler pendant une semaine.

Problème : non seulement, cette mesure ne faisait pas véritablement l’objet de contrôles, mais en plus, on pouvait avoir été contaminé la veille du départ et avoir un test négatif au moment de prendre l’avion.

Depuis les vols entre la France et le Brésil ont été suspendue jusqu’au 23 avril.

Qui plus est, les voyageurs en provenance du Brésil, d’Argentine, du Chili et d’Afrique du Sud devront effectuer une quarantaine de dix jours à leur arrivée sur le territoire français. S’ils ne la respectent pas, ils pourront subir une amende de 1 500 euros et de 3 000 euros en cas de récidive, a annoncé Gabriel Attal ce 19 avril sur Europe 1. “La liste des motifs et des catégories de personnes autorisées à venir en France sera restreinte”, a ajouté le porte-parole du gouvernement. Il s’agira pour l’essentiel des ressortissants nationaux, de leurs conjoints et enfants, et des ressortissants de l’Union européenne ou d’un pays tiers ayant leur résidence principale en France.

Cette mesure entrera en vigueur ce samedi 24 avril et s’appliquera également aux voyageurs en provenance de Guyane.

Vers une coordination internationale ? 

En France, la situation est sous contrôle. Rappelons que le variant anglais représente 82% des cas Covid et que les vaccins restent efficaces. La France est tellement “gavée” de souches anglaises que le brésilien n’arrive pas à s’installer, analyse Rémi Salomon, dans les colonnes du Parisien ce mardi.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que plus le virus circule librement (sans mesures sanitaires), plus il a la capacité de muter pour s’adapter et contaminer davantage, voire pour essayer d’échapper aux vaccins. En Amérique du Sud, notamment au Brésil, mais aussi au Chili ou en Equateur, le problème est bien que l’épidémie est hors de contrôle, en raison d’une absence de politique sanitaire.

“Aujourd’hui, nous n’avons plus le choix, il faut une coordination internationale sur la vaccination, commente au Parisien Rémi Salomon. Si l’on ne regarde qu’avec un prisme national ou européen, cela ne marchera pas, on va vacciner d’un côté pendant que des variants s’installent de l’autre : c’est un cercle infernal.”

Lire aussi :

  • Covid-19 : 20% des Français ont été infectés selon l’Institut Pasteur
  • Covid-19 : un tiers des patients souffre de séquelles psychiatriques
  • Covidliste : l’application qui permet de se faire vacciner plus tôt

Source: https://www.topsante.com/feed/list/rss/(limit)/30 – Topsante.com

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