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Télétravail : “Ce temps gagné doit être utilisé pour combler quelque chose qui nous manque au quotidien”

15 Déc. 2020

Selon une étude Harvard Business School et de la New York University réalisée dans plusieurs pays dont la France, les salariés en télétravail seraient plus productifs qu’en présentiel avec 48 minutes en moyenne de temps de travail supplémentaire. Un chiffre qui n’a rien d’étonnant. Pas de temps de transport, moins de temps aussi pour se préparer, un déjeuner pris souvent sur le pouce, et moins de discussions informelle nouée avec une collègue croisée au détour d’un couloir… En tant que manager, je suis moins sollicité, je fais moins de réunions et les échanges par emails permettent d’être plus directs… Cela me fait gagner du temps“, se réjouit Christophe, cadre des Finances Publiques.

Pourtant, le télétravail est pointé du doigt pour un certain déséquilibre qu’il entraîne dans la vie des actifs. Le premier confinement, survenu en mars dernier, a été particulièrement difficile pour les parents de jeunes enfants, confrontés à la fermeture des crèches et des écoles. Julie, journaliste, l’a expérimenté à cette occasion, elle qui a gardé ses deux filles de deux et cinq ans à la maison.La mise en place du télétravail – et son déroulement – ont été complexes. Il n’y avait rien de clair de la part de mon employeur, avec une compréhension de façade au sujet de la garde des enfants... Au bout de trois jours, j’ai été mise en arrêt maladie car je ne travaillais pas suffisamment. A partir de là, j’ai travaillé le soir et de nombreuses nuits pour réussir à produire et être rentable. Impossible pour moi en journée avec deux jeunes enfants, se souvient-elle.

Ce témoignage, loin d’être isolé, illustre dans des conditions extrêmes la difficulté de séparer la sphère privée de la sphère professionnelle lorsque la pression au travail est forte. Le débat n’est pas nouveau. En 2019, bien avant la crise sanitaire, 30% des salariés français estimaient ne pas être satisfaits de leur équilibre entre vie privée et vie professionnelle*. La première période de confinement a exacerbé les problématiques posées depuis des années par l’aménagement du télétravail, notamment la question de la confiance des entreprises envers leurs salariés, abonde Solène Brost, neuropsychologue et fondatrice de la plateforme SharZen. Il faut également noter que ce télétravail n’a pas été un choix de confort de la part des travailleurs, mais imposé et soudain, ce qui est très différent d’un télétravail à la demande du salarié“.

Un manque de confiance de la part des employeurs

Si ce deuxième confinement est, pour de nombreux parents, dont Julie, plus serein avec cette fois les enfants à l’école, le télétravail n’est pas pour autant dénué de contraintes pour ceux qui l’exercent au quotidien. En témoigne l’augmentation des dépressions, avec au banc des accusés la solitude, l’isolement et surtout l’épuisement professionnel. Alors que le télétravail devrait améliorer notre quotidien, il s’accompagne d’une connexion permanente. “Parce qu’ils sentent un manque de confiance de la part de leur manager, les salariés vont d’autant plus montrer qu’ils travaillent et avoir du mal à couper“, poursuit Solène Brost.

Cette flexibilité du temps de travail provoque du côté de certains managers la tentation de solliciter davantage les collaborateurs en dehors des heures de bureau. En supprimant les repères temporels qui existaient dans nos journées classiques, le télétravail instaure de nouvelles règles implicites qui poussent à cette confusion entre vie professionnelle et vie privée. “En travaillant tard le soir, parce que les enfants sont couchés et qu’on est enfin tranquille, on envoie un mauvais signal : celui d’être disponible, poursuit la neuropsychologue. C’est aussi l’un des travers des smartphones, où l’on consulte très souvent nos messageries professionnelles, y compris en dehors des horaires“.

Cette rencontre permanente entre pro et perso a des incidences très concrètes. Par principe, je ne réponds pas aux sollicitations tardives mais je prends du retard et je rate des sujets que mes collègues s’attribuent hors horaires de travail”, poursuit Julie qui confie avoir détesté cette période. “J’avais l’impression de n’être à la hauteur ni pour ma famille ni pour mon travail”. Une double culpabilité qui doit être prise au sérieux.

Cloisonner l’espace et le temps

La première règle pour séparer vie perso et vie pro, c’est, bien sûr, de déconnecter au maximum. La déconnexion est primordiale… et elle doit être totale. Les comptes pros bien sûr, comme les messageries, mais aussi tout ce qui peut ramener à sa profession, comme certains réseaux sociaux tels que LinkedIn ou Twitter. Et à l’issue de sa journée de travail, on range son matériel, dans un endroit dédié.

Parce que le confinement perturbe les routines, il est aussi important d’instaurer ses propres  repères, en commençant par marquer le début de la journée par une installation symbolique à son poste de travail, puis maintenir des heures de repas à heure fixe, qu’on soit seul ou à deux et pourquoi pas des pauses thés ou cafés, comme on le ferait en temps normal. “Je préconise des activités ‘coupures’ pour passer de l’un à l’autre, comme des sas de décompression, explique Solène Brost. Cela peut être un café, ou un verre d’eau ou encore une partie de jeu sur son téléphone ou un article que l’on a très envie de lire, liste-t-elle. Ces moments permettent aussi de ne pas transmettre une énergie négative d’une sphère à l’autre, ce sont cinq minutes qui permettent de faire la part des choses“.

On le sait, certaines taches de la vie quotidienne doivent néanmoins être accomplies – lessive, ménage, repas… – et en télétravail, la tentation d’être sur tous les fronts est grande. On peut éventuellement s’accorder des sas dédiés. Une vingtaine de minutes à heure fixe peuvent suffire pour accomplir les petites corvées et ne pas avoir le sentiment de se laisser déborder par ce qui doit être fait. Idem pour les tâches professionnelles : on peut faire, chaque matin, une liste des choses à faire – en étant réaliste sur ses capacités – et surtout se donner une heure limite. Et on s’y tient.

Mais ces gestes et réflexes du quotidien ne peuvent être réalisés que si le manager ou le patron conserve un rapport de confiance, de bienveillance, de disponibilité, mais aussi d’écoute pour prévenir d’éventuels troubles. Ainsi, il peut être pertinent de limiter les visioconférences, qui, en pénétrant dans l’intimité du salarié, peuvent être perçues comme intrusives. Comme une réunion au bureau, une téléconférence doit être prévue à l’avance“, rappelle Solène Brost. La clé se trouve aussi au niveau des ressources humaines. “L’entreprise doit faire très faire attention à la surcharge, et au sur-présentéisme. La première règle est la confiance et il est aussi indispensable de donner aux salariés des consignes et objectifs clairs et précis, avec un temps prédéfini“.

A noter que l’on peut tout à fait organiser des déjeuners entre collègues ou des petits déjeuners. L’important étant de trouver un équilibre satisfaisant entre la vie que l’on menait avant et l’instauration de nouvelles règles qui nous rendent heureux. Car il est fondamental que ce temps gagné soit utilisé pour combler quelque chose qui nous manque au quotidien, comme du sommeil, du temps pour un loisir ou pour soi.

*Baromètre BVA – BPI Group sur la QVT

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Source: https://www.topsante.com/feed/list/rss/(limit)/30 – Topsante.com

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