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Covid-19 : pourquoi un confinement est envisagé, au moins en Ile-de-France ?

15 Mar. 2021

Un an après le confinement, retour à la case départ ? En déplacement à Montauban ce lundi, Emmanuel Macron n’a pas exclu de nouvelles restrictions sanitaires dans l’Hexagone, mais “de manière adaptée et proportionnée”. “Nous aurons à prendre dans les jours qui viennent, sans doute, de nouvelles décisions”, a-t-il déclaré, soulignant que le gouvernement va également travailler à redonner de la “visibilité aux citoyens” même si le virus “reste maître du temps”.

Le Premier ministre, Jean Castex, était pour sa part invité dimanche 14 mars, sur la plateforme de streaming Twitch. Répondant aux questions des internautes, depuis l’appartement du journaliste de France Télévisions Samuel Etienne, il n’a pas échapper à la question : “Envisagez-vous un reconfinement en Ile-de-France ?”

Réponse ? Le confinement “n’est pas exclu”. Le Premier ministre a reconnu que la situation ne s’améliore pas”, avec “un nombre de contaminations de plus en plus élevé” et des services hospitaliers “très chargés”. Néanmoins, “nous tentons d’utiliser toutes les armes à notre disposition pour l’éviter, a-t-il ajouté, car “en même temps, reconfiner, c’est un acte extrêmement fort avec des conséquences très lourdes”. Avant de conclure :Il faut que l’on utilise toutes les armes à disposition pour éviter le confinement.”

Dimanche, sur BFM TV, le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon avait pour sa part déclaré que “s’il faut confiner, on le fera”.

L’exécutif assure observer heure par heure les indicateurs sanitaires, mais considère à ce stade le confinement comme une solution “du dernier recours”. Il mise sur les déprogrammations des opérations non urgentes (40% en Ile-de-France), sur les évacuations sanitaires (“des dizaines voire des centaines de patients pourraient être transférés hors de la région”, a prévenu Olivier Véran), et une accélération de la campagne de vaccination.

Nombre de cas, hospitalisations, incidence… Les indicateurs augmentent

La situation sanitaire est toujours “préoccupante du fait de l’augmentation des admissions en réanimation dans le contexte de la diffusion des variants plus transmissibles” et “la mortalité est toujours élevée”, souligne Santé Publique France, dans son bulletin épidémiologique (12 mars). Certes, les indicateurs s’améliorent chez les plus de 75 ans en lien avec la vaccination. Mais, observe SPF, “les taux d’admissions en réanimation augmentent chez les 15-74 ans depuis fin janvier”.

Une augmentation, qui pourrait s’expliquer par une plus grande prise de risque dans ces tranches d’âge, mais également par une augmentation de la sévérité des infections par le variant anglais. Une étude anglaise publiée ce 10 mars dans le British Medical Journal, confirme que le variant anglais est non seulement plus contagieux, mais aussi 64 % plus mortel que le coronavirus classique.

Pour l’heure, la situation est critique dans les réanimations, en particulier en Ile-de-France, où le taux d’incidence a atteint 377 cas pour 100 000 habitants par semaine et où il est même supérieur à 400 dans le Val-de-Marne et la Seine-St-Denis. Toutes les 12 minutes, un Francilien est admis en lits de réanimation“, a expliqué Olivier Véran, jeudi dernier lors du point presse.

Au total, au 14 mars, 4 127 patients étaient hospitalisés en réanimation (le pic de la deuxième vague était à 1 136 patients le 25 novembre dernier). Le nombre de nouveaux cas quotidiens étaient ces derniers jours entre 25 000 et 30 000 (rappelons que l’objectif de Emmanuel Macron était il y a quelques mois d’abaisser les contaminations quotidiennes à 5 000). Le taux de positivité est actuellement de 7,4% et le chiffre R, reflet de la vitesse de propagation du Sars-Cov-2, demeure légèrement supérieur à 1 dans la plupart des régions, signe que le virus circule.

Les transferts de patients ne peut pas soulager les réanimations

Le gouvernement mise sur les transferts de patients. Six premiers patients ont été transférés ce week-end vers Nantes, Le Mans et Bordeaux. D’autres le seront par voie aérienne, a annoncé Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, avant une opération plus massive -des centaines de patients- en fin de semaine, via des TGV médicalisés principalement vers les Pays de la Loire, la Nouvelle-Aquitaine et l’Occitanie. Mais ces opérations “Chardons” suffiront-elles ?

Invité par France Info ce 15 mars, le Pr Timsit, Chef du service de réanimation à l’hôpital Bichat (Paris) a rappelé que ces transferts sont conditionnés aux consentements des familles. En outre, a-t-il commenté “plutôt que de transférer des patients, pourquoi ne pas transférer les personnels de santé” alors que “nos soignants sont épuisés et prennent en charge des malades très sévères” ou encore “de rappeler des soignants à la retraite”. Et de déplorer : “On ferme des lits et on met en difficulté d’autres malades”. Les semaines à venir vont être difficiles. “On va être étranglé dans les 15 prochains jours.”

Quant au Professeur Bruno Riou, doyen de la Faculté de médecine, directeur médical de crise de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, il était l’invité de France Inter ce lundi. Selon lui, “le nombre de places dans les autres régions va être limité, les familles vont être réticentes, on va donc avoir du mal à trouver suffisamment de patients à transférer.”

L’effet vaccination, indispensable mais (pas encore) suffisant

Pour éviter d’engorger les services, le gouvernement mise aussi sur l’accélération de la vaccination, avec un objectif de dix millions de Français vaccinés d’ici la mi-avril, malgré les retards de livraison annoncés par AstraZeneca.

Vittoria Colizza, épidémiologiste (Inserm), expliquait ce dimanche dans les colonnes du JDD, que dans tous les cas (y compris dans un scénario à 300 000 injections par jour), “il faut attendre le début avril pour que les scénarios se séparent et qu’on observe un début d’impact”. Si selon elle, la clé est “de vacciner très vite, pour protéger la population mais aussi éviter de donner trop de temps au virus pour réussir à échapper aux vaccins”, elle souligne encore : “On a vraiment besoin de mesures de distanciation sociale, sans doute différenciées selon les territoires. Éviter un confinement présente des avantages sociétaux et économiques. Mais cela induit beaucoup d’infections, d’hospitalisations, de Covid longs, sans parler des décès…”

Des conséquences sanitaires considérables 

Rappelons que les déprogrammations ont des impacts sur la prise en charge des autres malades, en particulier sur le dépistage des cancers. Le professeur Axel Kahn, président de la Ligue contre le cancer, s’est alarmé au micro d’Europe 1 dimanche, des conséquences de la stratégie gouvernementale sur les patients atteints de pathologies chroniques. Selon lui, “jusqu’à 10 000 personnes perdront la vie” en raison d’une prise en charge insuffisante de ces maladies lors de la pandémie. “La tension hospitalière accroît et aggrave” le problème, affirme Axel Kahn, soulignant “qu’on exporte la tension hospitalière et que l’on aggrave la situation des malades chroniques en Nouvelle-Aquitaine, à Nantes et dans toutes les régions vers lesquelles on va envoyer des dizaines de personnes en réanimation”. Avec jusqu’à 100 évacuations sanitaires prévues et 40 % des interventions chirurgicales en Ile-de-France reportées, “nous sommes dans une situation déraisonnable”, estime encore le président de la Ligue contre le cancer.

Les médecins sont unanimes : les hospitalisations et réanimations vont continuer à augmenter ces deux prochaines semaines. “J’entends beaucoup dire qu’une semaine sans confinement est une semaine gagnée, pour moi c’est une semaine perdue, notamment lorsqu’on considère le nombre de décès, le nombre de patients en réanimation dont il faut rappeler qu’un sur quatre décédera et certains garderont des séquelles, a commenté sur France Inter le Professeur Bruno Riou. Quand on considère aussi l’ensemble des contaminations : je vous rappelle que l’ensemble des Covid longs toucheraient un sur dix de ces patients : on est à 4 millions de contaminations, ça veut dire que 400 000 Français vont avoir un Covid long. Et puis il y a tous ceux qui n’ont pas de Covid, mais pour qui les déprogrammations, les non-dépistages de cancer, vont poser d’énormes problèmes. Les conséquences sont considérables.”

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Source: https://www.topsante.com/feed/list/rss/(limit)/30 – Topsante.com

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