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Covid-19 : le Prozac pourrait-il limiter les formes sévères ?

8 Fév. 2021

Alors que les campagnes de vaccination démarrent aux quatre coins du monde, la course pour trouver des traitements contre le coronavirus se poursuit.

Et l’une des stratégies s’appuie sur le repositionnement de médicaments. Il s’agit en fait de rechercher une activité antivirale à partir de produits déjà commercialisés pour une autre indication thérapeutique. L’avantage, c’est que leur toxicité (effets indésirables) a déjà été évaluée.

Et si certains antidépresseurs pouvaient éviter les formes graves ? Une équipe de chercheurs et de médecins du service de psychiatrie et addictologie de l’hôpital Corentin-Celton (AP-HP) a étudié l’association entre la prise de certains traitements antidépresseurs et la réduction du risque d’intubation ou de décès chez les patients hospitalisés pour COVID-19.

Tout est parti du constat du psychiatre Nicolas Hoertel, qui coordonne l’étude, que peu de patients Covid présentaient des troubles psychiatriques. J’ai tout de suite pensé aux anti-dépresseurs et me suis dit qu’il pouvait y avoir un lien”, explique-t-il à nos confrères de France Inter.

Suivant leur intuition, les chercheurs ont alors collecté les données de santé de patients hospitalisés dans les hôpitaux de l’AP-HP entre janvier et avril dernier. Toutes les données médicales dont les traitements en cours des patients ont donc été croisées afin d’identifier des liens.

La prise de fluoxétine (Prozac) et d’autres antidépresseurs diminue les risques

Leurs résultats, sont publiés dans la revue Molecular Psychiatry, du 4 février 2021. Quels sont-ils ? Sur 7 230 patients étudiés, 345 patients seulement (soit près de 5%) avaient une prescription de traitement antidépresseur dans les 48 premières heures suivant leur admission, ce qui confirme la sous-représentation des patients Covid souffrant de troubles psychiatriques. Mais surtout, donnée intéressante, ces patients avaient aussi un risque d’intubation ou de décès diminué de plus de 40% comparé aux patients qui n’avaient pas pris de tel traitement. “L’étude suggère une réduction de ce risque pour certains antidépresseurs inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (ISRS) (fluoxétine, paroxétine, escitalopram) et certains antidépresseurs non-ISRS (venlafaxine et mirtazapine), avec une réduction du risque comprise entre 42% et 78% selon la molécule”, précise un communiqué de l’AP-HP.

L’étude souligne par ailleurs que les antidépresseurs (ISRS et non-ISRS) sont plus ou moins efficaces selon la molécule. La fluoxétine, commercialisée sous le nom de Prozac, serait particulièrement intéressante.

Les chercheurs font l’hypothèse que les traitements antidépresseurs pourraient inhiber l’activité de la sphingomyélinase acide, une enzyme qui semble influencer la pénétration intracellulaire du virus SARS-CoV-2.

Un essai clinique va démarrer en France

Il faut souligner qu’il s’agit d’une étude observationnelle dont la principale limite est que l’on ne peut pas conclure à un lien de causalité. Mais l’espoir demeure. En effet, un essai clinique randomisé versus placebo mis en place aux Etats-Unis après la publication des premiers résultats de l’AP-HP en juillet 2020 semble confirmer l’effet inattendu des antidépresseurs pour limiter les formes sévères. Ainsi, l’étude, publiée dans le Journal of the American Medical Association en novembre 2020, montre qu’aucun des 80 patients atteints de Covid-19 et traités par un antidépresseur, la fluvoxamine, ne présentait d’aggravation clinique, contre 6 des 72 patients recevant un placebo.

Prochaine étape, afin de confirmer ces données prometteuses, l’AP-HP va lancer un essai de grande ampleur sur des centaines de patients.

Sources :

  • “Hoertel N et al. Association between antidepressant use and reduced risk of intubation or death in hospitalized patients with COVID-19: results from an observational study”, Molecular Psychiatry, 4 février 2021.
  • “Fluvoxamine vs Placebo and Clinical Deterioration in Outpatients With Symptomatic COVID-19”, JAMA, 12 novembre 2020.
  • “Association entre l’utilisation de certains traitements antidépresseurs et la réduction du risque d’intubation ou de décès chez des patients hospitalisés pour COVID-19”, AP-HP, 5 février 2021.

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Source: https://www.topsante.com/feed/list/rss/(limit)/30 – Topsante.com

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