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Complexes : leur origine, les clés pour s’en débarrasser

6 Avr. 2021

D’où viennent nos complexes ? Le psychiatre Jean-Christophe Seznec est spécialiste de la question. Pour lui, tout vient de notre “machine à penser”. “Notre cerveau nous fabrique des règles et nous dit : cette chose est normale, celle-ci n’est pas normale. Mais ce ne sont que des histoires que nous nous racontons…“, introduit-il.

A l’origine des complexes, une machine à survivre

Il rappelle que le propre de l’homme est de penser, de créer des règles afin de se rassurer. Tout cela passe par notre cerveau émotionnel. Ce cerveau-là est un héritage animal, il nous permet de mettre en place des systèmes d’adaptation pour survivre. Il construit nos points de repères. Anticiper était très utile au temps préhistorique, le cerveau allait très vite et pouvait voir venir le danger, y réagir. Mais désormais, ces attentes ont changé “car nous ne sommes plus 20 dans de grands espaces mais 500 dans le métro…”

Seulement, le cerveau continue de fonctionner de la même façon, alors plutôt que d’interroger l’origine potentielle d’un danger (par exemple), il va se poser des questions du type : “suis-je belle ?” en regardant les femmes autour de soi. “Mais quand on se pose cette question, on laisse notre cerveau penser que peut-être on n’est pas belle”, résume-t-il. Avant d’évoquer une “prison de la représentation”, que les réseaux sociaux sont venus renforcer, telle une “machine à comparer”.

Le mécanisme de la pensée anxieuse

Autrement dit, nos objectifs créent la pensée anxieuse. “Ensuite, logiquement, on se dit qu’on va mettre en place une stratégie pour atteindre cet objectif. Et on tombe dans un mécanisme qui ne nous permet plus de nous adapter à la vie qui s’offre à nous, mais à l’inverse, un mouvement où l’on essaye perpétuellement de se transformer”. Il illustre le fonctionnement du cerveau émotionnel comme ceci : “Le problème, c’est que désormais, ce cerveau est confronté à trop de sources de stimulations et se met en branle pour des choses inadaptées. Un peu comme si vous appeliez les pompiers tout de suite après avoir allumé le feu sur la gazinière !”

Selon le philosophe Bernard Stiegler, qu’il cite, le complexe naît après la Seconde Guerre Mondiale, à cette époque, on manque de spiritualité du fait du traumatisme de la guerre. La société consumériste naît à ce moment-là et vient combler ce manque avec la possibilité de consommer, comme une sorte de solution à la frustration.

A ce sujet, Juliette Dragon, danseuse new burlesque, chez qui Jean-Christophe Seznec envoie régulièrement ses patientes, explique : “dans toutes les sociétés industrialisées, on retrouve les mêmes complexes”. Elle donne des cours pour accepter son corps à travers le monde entier. “Les complexes des femmes servent l’économie patriarcale. Le jours où elles n’essayeront plus de coller à des standards qui n’existent pas, les industries s’effondreront !”

Notre culture n’est pas propice à dévoiler les femmes entre elles, poursuit-elle : “les femmes se retrouvent rarement entre elles, on ne voit pas le corps dans la culture blanche et catholique. Du coup, on ne voit pas non plus la cellulite, on ne voit pas les poils, on ne voit pas les plis, ni les bourrelets…”. De fait, on se compare à ce que l’on voit, des femmes photoshopées. “L’humain est un primate qui se réfère aux représentations auxquelles il a accès”, souligne-t-elle encore.

Lutter par le rire et la dérision

Pour lutter contre le complexe ? Jean-Christophe Seznec souligne qu’il serait plus intéressant de se dire “chaque chose mérite d’être vécue” : il explique qu’il serait plus intéressant de profiter de l’opportunité d’être soi, plutôt que d’essayer d’être autrement, ce qui constitue une quête jamais atteinte. Il oppose ensuite deux choses : l’admiration et l’amour, à travers un exemple concret. “On admire les acrobates, mais ceux que l’on aime dans le cirque, ce sont les clowns. Que préférez-vous : être admiré ou être aimé ?

Voilà pourquoi il envoie ses patientes qui ont du mal à apprécier leur corps, consulter Juliette Dragon. Elle offre une approche clownesque à travers l’exercice du new burlesque dans son Ecole des Filles de Joie, à Paris. Ce mouvement artistique et féministe est né aux Etats-Unis au début des années 1990. Elle accueille des femmes pour se reconnecter à leur corps via le rire et la dérision. Il insiste sur la question du rire : “C’est comme les essuie-glaces, ça n’arrête pas la pluie, mais ça aide à avancer”. L’idée de ce cours, ouvert à toutes, est de faire en sorte que nos complexes ne soient plus des problèmes.

Théoriquement, le complexe est dépassable pour tout le monde, selon le psychiatre. “C’est un jugement de soi, il suffit de le désamorcer”. Il reconnaît qu’il peut être difficile d’être soi, et qu’il est “plus facile d’être victime de ses complexes, on s’en retire alors la responsabilité”. Pour les combattre, il faut prendre des risques. “Je ne dois pas attendre la confiance en moi pour dépasser mes peurs. Je dois affronter mes peurs pour gagner confiance en moi. Si vous attendez de ne plus avoir peur pour monter sur un vélo, vous ne le ferez jamais…”

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Source: https://www.topsante.com/feed/list/rss/(limit)/30 – Topsante.com

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