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Comment (et quand) parler de sexualité à ses enfants ?

17 Fév. 2021

A l’heure où la parole (et l’écoute) se libèrent sur la question des violences sexuelles faites aux enfants, en particulier avec le mouvement, #MeTooInceste, une question se pose, comment parler d’intimité, de sexualité à ses enfants, et comment les protéger ? La sexologue clinicienne Véronique Baranska, co-auteure de l’ouvrage “L’éducation à la sexualité. Respect, égalité, altérité”, avec Sébastien Landry, (Editions In Press), nous donne des clés.

Qu’entend-on par “sexualité” lorsqu’il s’agit d’un enfant ?

Véronique Baranska : La sexualité fait partie intégrante de la vie, elle participe à l’épanouissement de tout être humain. Elle nous accompagne de la naissance jusqu’à la fin de notre vie, elle se vit au quotidien, à travers le corps, l’estime et la confiance que l’on porte à soi-même, les gestes, les échanges avec les autres… Elle ne peut et ne doit pas être un sujet à part. La santé sexuelle intègre totalement la santé, il s’agit d’un bien-être dans sa vision globale dont l’un de ses piliers est l’éducation à la sexualité. L’accompagnement à la sexualité commence donc aussi dès la naissance, car cette dernière participe à son développement global et harmonieux.

A partir de quel âge peut-on enseigner l’intimité aux enfants ?

On ne peut pas vraiment dire que l’on “enseigne” l’intimité aux enfants, on les accompagne plutôt sur la voie en leur apprenant à prendre soin d’eux et des autres. Connaître son corps et en connaître ses limites participe à cet accompagnement.

Cela doit se faire progressivement, selon le stade du développement psychosexuel, selon les capacités cognitives. Il faut savoir que cela commence dès la naissance. En effet, la façon dont aura touché et porté l’enfant participera déjà à sa sexualité (qui n’a, à ce stade et bien sûr, rien de “génital”). Pour pouvoir apprendre les limites, l’enfant a aussi besoin d’avoir connu la tendresse, le contact physique, de se sentir en sécurité. Cela lui donnera un modèle de ce qu’est le rapport à l’autre.

Pour transmettre les notions d’intimité à son enfant, il est important de garder à l’esprit que les parents sont les modèles. Il faut donc faire attention à la façon de se comporter, que ce soit cohérent avec ce que l’on explique à l’enfant.

Comment apprendre le respect de son corps et de celui de l’autre ?

D’abord, en ne rendant rien tabou, et en discutant de tout.

Prenons l’exemple de l’enfant qui se masturbe. C’est une étape normale qui fait partie de la découverte de l’autoérotisme (qui n’a pas la même signification chez l’enfant que chez l’adulte), il ne faut donc pas s’inquiéter et expliquer simplement qu’il y a des choses qui se font en privé et non en public. Rappelons que pour les enfants, il n’y a pas de parties du corps taboue. Le plus important est de répondre aux questions calmement, avec intérêt, sans raconter d’histoires. Par exemple, je conseillerais aux parents d’utilisez les vrais noms anatomiques, plutôt que des surnoms. Aux enfants qui se questionnent sur le “comment naissent les bébés”, répondez pour de vrai, sans parler des mythes qui les voient fleurir dans les choux…

Apprendre à respecter son corps passe par l’enseignement de l’hygiène, entre autres. Donc il est important d’expliquer comment prendre soin de son corps et comment respecter celui des autres.

Enfin, quel que soit son âge, l’enfant doit connaître ses droits : qu’est-ce qui est permis de faire et qu’est-ce qui ne l’est pas ?

Et se protéger, en disant “non”, comment l’inculquer ?

L’enfant doit avoir conscience que la malveillance existe et qu’elle pourrait s’adresser à lui. Des exemples concrets peuvent être formulés à l’enfant. Vous devez lui apprendre à donner son avis et à dire non, de façon générale, pas uniquement au sujet de son corps.

Il est important que l’enfant ait aussi un refuge, une personne de confiance à qui parler. C’est un élément très important : permettre à l’enfant de parler de ce qu’il ressent, lui apprendre à exprimer ses émotions. Cet espace de parole refuge ne doit pas trouver sa place uniquement en famille, car dans le cas de l’inceste qui a lieu dans le cadre intra-familial, cela peut être compliqué de briser le silence pour l’enfant.

De manière plus globale, on apprend le consentement aux enfants dans toutes les sphères du quotidien. Via le jeu par exemple : “je veux bien jouer avec toi, je ne veux pas que tu m’attrapes les bras, etc”.

Le développement psychosexuel des enfants repose sur les parents ?

Les parents ont un rôle fondamental auprès de leurs enfants, ce sont les premiers éducateurs et cela intègre l’autorité parentale que d’éduquer, de prendre soin et de protéger leurs enfants. C’est aussi le cas pour la sphère psychosexuelle, il ne faut pas se dire que la sexualité regarde chacun et qu’on ne doit pas en parler, au contraire. Il faut oser en parler simplement, répondre aux questions, ne pas les éluder. Et si les parents se sentent mal à l’aise ils peuvent aussi proposer de dire à l’enfant qu’ils répondront plus tard quand il aura plus de temps et permettre un environnement plus adéquat aussi.

S’il sent trop d’inquiétude en parlant de certains sujets, l’enfant va penser qu’il ne faut pas parler de ça, que ce n’est pas bien et il y a un risque qu’il ne pose plus de questions autour de la sexualité. Et il ira chercher ses réponses ailleurs plus tard, sur internet, via la pornographie…

L’école doit-elle jouer un rôle dans l’éducation sexuelle ?

L’école participe à l’émancipation des jeunes et les accompagne dans le développement de compétences et attitudes qui serviront toute leur vie. Les jeunes sont les citoyen-nes adultes de demain qui pourront ainsi faire des choix éclairés quant à leur santé. L’école doit transmettre une vision globale et positive de la sexualité et les enjeux sont nombreux, parmi lesquels la prévention des violences, la luttre contre les discriminations et certains stéréotypes. Chaque année, l’école doit mettre en place 3 séances d’éducation à la sexualité, elles sont essentielles car elles permettent à l’enfant d’avoir un objet de comparaison et d’être en mesure de se dire : ce que je vis n’est pas normal.

Attention, s’il apparaît des éléments inquiétants comme des manifestations sexuelles très jeunes, multiquotidiennes (si l’enfant dit des mots sexuels pas de son âge, mime des gestes sexuels sur un autre enfant, etc.), il faudra se poser des questions et voir un-e spécialiste. L’Organisation Mondiale de la Santé (et, pour ce qui nous concerne, son bureau en Europe) a mis en place une matrice pour chaque tranche d’âge : connaissances, compétences, attitudes, le tout de 0 à 18 ans.

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Source: https://www.topsante.com/feed/list/rss/(limit)/30 – Topsante.com

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