Chloroquine et coronavirus : efficacité, risques

22 Avr. 2020

SOMMAIRE :

  • Chloroquine : des effets secondaires ?
  • Chloroquine : des résultats pas si probants ?
  • Etude du Pr Raoult : quels sont les résultats ?
  • Chloroquine et azithromycine : l’essai PREP Covid à l’AP-HP
  • Chloroquine : une étude au CHU d’Angers
  • Chloroquine : l’étude Discovery teste 800 patients européens
  • Plaquenil et chloroquine : quels patients ?
  • Quelle différence entre chloroquine et hydroxychloroquine ?

Chloroquine : des effets secondaires ?

La revue indépendante Prescrire vient d’annoncer être défavorable au recours à l’hydroxychloroquine (le Plaquénil) en association avec l’azithomycine dans le traitement du Covid-19 car cette association « augmente les risques de troubles graves du rythme cardiaque : allongement de l’intervalle QT avec risque élevé d’arythmie cardiaque et de torsades de pointes« . Prescrire donne entre autres les résultlats d’une étude américaine portant sur 84 patients atteints du Covid 19 et qui ont pris cette association de médicaments. Des troubles du rythme cardiaque ont été rencontrés chez 11% d’entre eux.

Si certains voient en l’hydroxychloroquine le remède miracle au coronavirus, des effets secondaires graves ont été recensés sur certains patients, notamment ceux qui ont pris de l’hydroxychloroquine en automédication. Une étude publiée le 10 avril par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) observe « qu’une centaine de cas d’effets indésirables ont été déclarés en lien avec des médicaments utilisés chez des patients infectés par le COVID-19 », parmi la chloroquine, promue par le professeur Didier Raoult. Fin mars, l’ANSM avait déjà lancé un avertissement contre la prise de Plaquenil sans suivi médical après avoir relevé des cas de toxicité cardiaque « ayant parfois nécessité une hospitalisation en réanimation ».

Les patients ayant participé à l’essai clinique de l’hôpital de la Timone n’auraient cependant pas développé d’effets secondaires, mais le médicament peut, à haute dose, être toxique pour l’organisme. Il peut en effet entraîner des troubles du rythme cardiaque ou des rétinopathies. C’est pourquoi de nombreux médecins restent prudents.

Risques de surdosage et d’intoxication. Au Nigéria, pays où cet antipaludique est largement distribué pour lutter contre la malaria, de nombreuses personnes s’étaient ruées sur le médicament et trois d’entre elles avaient été hospitalisées après un surdosage du médicament. Aux Etats-Unis, un couple de sexagénaires s’était procuré du phosphate de chloroquine (un produit pour les poissons d’aquarium) et en avait mis dans soda ses dans l’espoir de se fabriquer une immunité contre le coronavirus. L’homme en est mort. Tous avaient entendu le Président des Etats-Unis Donald Trump vanter les mérites de cette molécule « très très puissante et approuvée par la Food and drug administration » lors d’une conférence de presse.

Chloroquine : des résultats pas si probants ?

Selon une étude américaine relayée par l’agence de presse AP, l’utilisation d’hydroxychloroquine ne serait pas aussi probante que cela. Après avoir analysé les dossiers médicaux de 368 vétérans hospitalisés pour une infection confirmée à coronavirus, les chercheurs ont constaté qu’environ 28% de ceux qui ont reçu de l’hydroxychloroquine en plus des soins habituels sont décédés, contre 11% de ceux qui ont reçu des soins de routine seuls. Environ 22 % des personnes recevant le médicament et l’azithromycine sont également décédées, mais la différence entre ce groupe et les soins habituels n’a pas été considérée comme suffisamment importante.

Cette étude doit cependant être maniée avec précaution car cette étude publiée en ligne n’a pas été revue par d’autres scientifiques. D’autres études sont actuellement en cours.

Etude du Pr Raoult : quels sont les résultats ?

Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, les scientifiques du monde entier recherchent un remède efficace contre la maladie. Parmi eux, l’hydroxychloroquine (commercialisé sous le nom de Plaquenil), une molécule prônée par le Pr Didier Raoult et habituellement utilisée contre le paludisme. Après avoir rencontré Emmanuel Macron, le Pr Raoult a présenté ce 10 avril de premiers résultats de son étude menée sur plus de 1000 patients testés positifs au coronavirus et ayant reçu pendant au moins trois jours.

Quels sont les résultats ? Après 10 jours, 91,7% des patients présentaient une charge virale nulle. Cinq personnes (0,5% des patients) sont décédées. Il s’agissait de patients âgés de 74 à 95 ans. Selon le résumé présenté par le Pr Raoult, ce pourcentage est « significativement plus bas » que chez « les patients traités sous d’autres régimes ». L’intégralité de l’étude n’a pour l’heure pas été rendue publique.

La veille le Pr Raoult était optimiste. « On est en train de finir l’analyse de 1000 cas que l’on a traité. les choses sont très rassurantes. Nous n’avons eu aucun ennui cardiologique chez les patients et sur lesquels on montre une efficacité du produit qui est plus grande que celle des séries précédentes », expliquait-il dans une nouvelle vidéo postée sur Youtube.

De son côté, Florence Ader, l’infectiologue de l’Inserm qui cordonne l’essai clinique européen Discovery a annoncé, sur Youtube également, que les premiers résultats de cet essai clinique ne seront pas disponibles avant la fin du mois. »Pour l’analyse globale des 300 premiers patients, il va falloir attendre que chaque patient ait franchi le cap du quinzième jour pour qu’on puisse commencer à analyser les données afférentes à son traitement. »

L’étude du Pr Didier Raoult suscite beaucoup d’espoir chez les malades. Une première étude dévoilée mi-mars par le scientifique et réalisée sur 24 patients testés positifs au Covid-19 faisait état de la guérison de trois quarts des patients au bout de six jours. Néanmoins, il faut rester prudent : une étude sur 24 patients n’est pas suffisante pour affirmer l’efficacité d’un traitement. « Aucune publication n’a pour l’heure démontré un effet clair sur le pronostic, la guérison et la survie des patients », affirme au Parisien, le docteur Alexandre Bleibtreu, infectiologue à la Pitié-Salpêtrière, à Paris.

Une étude chinoise rassurante. Une première étude avait été menée en Chine au plus fort de l’épidémie sur 100 patients, à travers une dizaine d’hôpitaux à Wuhan, Pékin et Shanghai. Les chercheurs chinois estimaient que le médicament serait efficace pour « contenir l’évolution de la pneumonie, améliorer l’état des poumons, pour raccourcir la durée de la maladie et pour permettre au patient de redevenir négatif au virus ». « Nous savions déjà que la chloroquine était efficace in vitro contre ce nouveau coronavirus et l’évaluation clinique faite en Chine l’a confirmé », déclarait alors le Pr Raoult ajoutant même que « finalement, cette infection est peut-être la plus simple et la moins chère à soigner de toutes les infections virales »…

Chloroquine et azithromycine : l’essai PREP Covid à l’AP-HP

Ce 14 avril, l’AP-HP annonce qu’elle lance un essai pour tester l’efficacité en prévention de la chloroquine et de l’azithromycine, un antibiotique largement prescrit aux enfants et aux adultes chaque hiver. L’objectif est donc ici de voir si un traitement peut être efficace pour se protéger d’une infection par le Covid-19. L’essai s’appelle PREP Covid et doit être mené sur un total de 900 soignants répartis dans huit hôpitaux de l’AP-HP. Des cibles prioritaires, alors que depuis le début de l’épidémie, 3 610 professionnels de l’AP-HP ont été infectés par le Covid-19 et 3 sont malheureusement décédés. « En cas d’efficacité du traitement préventif dans le bras hydroxychloroquine et le bras azithromycine, une comparaison des deux bras de traitement (hydroxychloroquine versus azithromycine) pourra être réalisée », précise l’AP-HP.

Chloroquine : une étude au CHU d’Angers

De son côté, le CHU d’Angers a annoncé le 31 mars le lancement d’une vaste étude sur 1300 patients atteints du Covid-19, en collaboration avec 36 hôpitaux. « Le nombre de patients inclus fera de cette étude l’une des plus sérieuses traitant de l’hydroxychloroquine » souligne le CHU. Cette étude sera portée par le Pr Vincent Dubée, infectiologue au CHU d’Angers. « L’étude Hycovid n’entend pas se substituer à elles mais, plus simplement, apporter une réponse plus rapide à une question simple : Oui ou non, l’hydroxychloroquine est‐elle efficace chez les patients atteints de Covid‐19 à haut risque d’aggravation ? » explique le médecin.

Parmi les 1300 patients de 36 centres hospitaliers qui seront inclus dans cette étude, la moitié se verra administrer du Plaquenil tandis que l’autre recevra un placebo parfait. « Par placebo parfait, s’entend un « substitut de médicament » qui présente les mêmes caractéristiques apparentes que celle de la molécule comparée » souligne le CHU. L’efficacité du traitement sera jugée en comparant le nombre de patients décédés ou transférés en réanimation en raison d’une aggravation respiratoire dans chacun des deux groupes au cours des 14 jours suivant le début du traitement. Les premiers résultats sont attendus dans une vingtaine de jours.

Chloroquine : l’étude Discovery teste 800 patients européens

Après de premiers essais prometteurs menés auprès de 24 patients positifs au Covid-19 à l’hôpital de la Timone à Marseille, l’hydroxychloroquine fait partie, lui aussi,  des quatre traitements expérimentaux qui seront évalués dans le cadre de l’essai clinique européen. Discovery. Parmi les 3200 patients européens (dont 800 Français) inclus dans cet essai clinique, certains seront donc choisis pour évaluer l’efficacité et la sécurité de ce médicament qui suscite beaucoup d’espoir depuis que le Pr Didier Raoult, directeur de l’Institut Méditerranée Infection à Marseille, l’a testé au sein de ses services. Les résultats définitifs de cette étude devraient être publiés 6 semaines après le début des tests.

Plaquenil et chloroquine : quels patients ?

Finalement, le gouvernement a autorisé fin mars la prescription de l’hydroxychloroquine contre le Covid-19 pour les formes sévères dans les hôpitaux. Il n’est pas possible de se faire prescrire du Plaquenil par le médecin, ni pour les formes légères du Covid-19, ni en prévention. En revanche, le décret du 25 mars prévoit que l’hydroxychloroquine et l’association lopinavir/ ritonavir (Kaledra) « peuvent être prescrits, dispensés et administrés sous la responsabilité d’un médecin aux patients atteints par le covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge, ainsi que, pour la poursuite de leur traitement si leur état le permet et sur autorisation du prescripteur initial, à domicile ». Ce décret faisait suite à un avis du Haut conseil de santé publique (HCSP) selon lequel était exclue toute prescription dans la population générale pour des formes non sévères en l’absence de preuves probantes ».

Encadrement des ventes de Plaquenil. Selon ce même décret, la délivrance de l’hydroxychlorodine (Plaquenil) est désormais limitée à ses indications médicales strictes (polyarthrite rhumatoïde, lupus, et en prévention des lucites estivales). Suite au décret prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l’épidémie de covid-19 dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire, les pharmacies de ville ne délivreront le Plaquenil qu’aux personnes qui ont une ordonnance d’un spécialiste en rhumatologie, médecine interne, dermatologie, néphrologie, neurologie ou pédiatrie ou dans le cadre d’un renouvellement de prescription émanant de tout médecin.

En raison du nouvel engouement pour l’hydroxychloroquine (Plaquenil), l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) avait été alertée sur la difficulté que certains patients, contraints de prendre ce médicament pour des maladies chroniques, rencontraient pour pouvoir suivre leur traitement au long cours. Aussi l’ANSM a demandé dès jeudi aux pharmaciens d’officine de ne délivrer le Plaquenil que sur prescription médicale dans ses indications habituelles. « Honorez uniquement les prescriptions initiales émanant des rhumatologues, internistes, dermatologues, néphrologues, neurologues et pédiatres et les renouvellements d’ordonnance émanant de tout médecin » souligne l’ANSM.

Cet encadrement de la délivrance du médicament vise aussi à limiter les risques d’intoxication en cas d’automédication.

Quelle différence entre chloroquine et hydroxychloroquine ?

La chloroquine est un médicament essentiellement prescrit pour le traitement ou la prévention du paludisme (la fameuse Nivaquine). L’hydroxychloroquine est un de ses dérivés, qui est quant à lui essentiellement prescrit en rhumatologie pour soigner le lupus ou la polyarthrite rhumatoïde. Il est également prescrit dans la prévention de la lucite estivale. Ce médicament est commercialisé en France sous le nom de Plaquenil. Tous deux sont de vieux médicaments qui ont été élaborés entre les deux guerres mondiales par des chimistes allemands. Tous deux commercialisés par le laboratoire Sanofi, ont obtenu leur AMM (autorisation de mise en marché) en 1998 pour la Nivaquine et en 2004 pour le Plaquenil.

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Source: https://www.topsante.com/feed/list/rss/(limit)/30 – Topsante.com

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