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Cancer du poumon : des scanners réguliers pour dépister les sujets à risque ?

3 Fév. 2021

Le cancer du poumon est le 3e cancer le plus fréquent en France. Son incidence stagne chez l’homme, mais progresse fortement chez la femme depuis les années 90, en raison d’un effet retardé de l’augmentation de la consommation de tabac chez les femmes. Quant au taux de survie à 5 ans, il s’améliore mais reste mauvais (16% chez l’homme, 20% chez la femme).

Un diagnostic trop tardif à l’origine du mauvais pronostic

Même si un patient diagnostiqué sur sept n’a jamais fumé, le tabagisme (y compris ancien) est à l’origine de 80% des cancers du poumon. Ce cancer agressif, qui touche 46 000 Français chaque année, est le cancer le plus meurtrier en raison d’un diagnostic bien trop tardif. La raison ? Le cancer du poumon évolue à bas bruit, avec au départ des symptômes -toux, essoufflements, voix enrouée…-peu spécifiques, qui passent inaperçus. Lorsque des symptômes plus inhabituels apparaissent et amènent les patients à consulter, ce sont souvent des symptômes métastatiques, signes que les cellules anormales se sont détachées de la tumeur et se sont attaquées à d’autres organes, le cerveau ou les os par exemple. A ce stade avancé, le cancer n’est pas opérable et bien plus difficile à soigner.

L’espoir des thérapies ciblées et de l’immunothérapie

Si l’incidence du cancer du poumon augmente, la mortalité a quand même diminué. Aujourd’hui, de nouvelles stratégies thérapeutiques font en effet leurs preuves. La médecine de précision donne des résultats pour les cancers de stade avancé, mais aussi plus précoces. “On propose des thérapies ciblées en fonction des anomalies génétiques à l’origine de l’apparition du cancer. Ces thérapies sont efficaces chez plus de 80 à 90 % des patients, s’enthousiasme le Pr Girard, oncologue pneumologue et responsable de l’Institut du Thorax Curie-Montsouris. Chez les patients non fumeurs – plutôt des profils jeunes et féminins- on retrouve d’ailleurs dans deux tiers des cas une mutation génétique, qui telle un interrupteur on/off, fait passer la cellule pulmonaire normale à un état de cellule pulmonaire tumorale, qui se met alors à proliférer.” Les traitements ciblés viennent “éteindre” l’anomalie génétique. Et l’avantage, poursuit le médecin, “c’est qu’ils se prennent sous forme de comprimés, donc sans les inconvénients de la chimiothérapie. Les patients peuvent retrouver une vie quasi normale.”

Autre stratégie efficace, l’immunothérapie. Ici les molécules injectées ont appris à reconnaitre et à neutraliser les cellules cancéreuses, et pour longtemps. Un peu comme sur le principe de l’immunité prolongée après une vaccination. “En combinant l’immunothérapie à la chimiothérapie, on peut ainsi prolonger la vie du patient après les traitements : à 5 ans du diagnostic, on a 30% à 45% de patients en vie, ce qui peut sembler peu, mais c’est une belle avancée ! Sans ces traitements, le pronostic vital est de moins de 5% à 5 ans…. »

Cancer du poumon : dépister tôt pour améliorer le pronostic vital 

Alors quelles solutions pour améliorer encore le pronostic des patients ? Depuis plusieurs années, médecins et sociétés savantes plaident pour l’instauration d’un dépistage du cancer du poumon par scanners réguliers, de la même façon que l’on propose aux femmes à risque une mammographie.

L’avantage, c’est que les facteurs de risque du cancer du poumon sont connus : l’âge (plus de 50 ans) et le tabagisme de longue durée (plus de 25 ans). En conséquence, l’identification des sujets à risque, qui pourraient bénéficier d’un scanner régulier, serait plutôt simple. En théorie en tout cas.

Le bénéfice d’un dépistage n’est plus à démontrer : on connait son efficacité depuis 2011 grâce à une étude américaine de grande ampleur, qui a montré une réduction de la mortalité par cancer du poumon de 20 % chez des fumeurs ou anciens fumeurs, dépistés tous les ans par un scanner thoracique”, souligne Nicolas Girard. Un essai, qui n’avait pas convaincu la Haute Autorité de santé. Dans un avis remis en 2016, elle pointait en effet un nombre trop important de faux positifs. Mais, en 2018, un essai européen, baptisé Nelson, a confirmé une baisse de mortalité de 25 à 30% grâce à un dépistage régulier (tous les deux ans et demi), avec moins de faux positifs grâce à des recommandations de bonnes pratiques pour les professionnels de santé. Cette étude, publiée dans le New England Journal of Medicine en 2020, n’a pas donné pour l’heure à de nouvelles recommandations de la HAS.

Le Pr Nicolas Girard l’affirme, le dépistage régulier fonctionne lorsqu’il est proposé aux patients à risque, à savoir les plus de 50 ans et ceux avec un tabagisme de plus de 25 ans. “On a deux fois moins de patients avec des formes métastatiques, les parents sont plus opérables et curables. Et le résultat est majeur : la mortalité diminue de 25 à 30%, assure-t-il. Et d’appuyer : quand on diagnostique un patient au stade précoce, la survie monte à 95% à 5 ans !”

D’autres pays, comme le Royaume-Uni, les Etats-Unis, le Canada, la Belgique, ont d’ailleurs mis en place le dépistage, avec succès. Pourquoi pas en France où quelques expériences régionales, par exemple en Picardie, ont pourtant été efficaces ? D’abord, l’enjeu est d’identifier les personnes à risque. On les connait certes, mais la logistique d’identification par l’Assurance maladie n’est pas si simple. Et pour cause, on n’inscrit pas sur sa carte vitale combien de cigarettes on fume chaque jour. Cela demanderait donc d’interroger les personnes alors même que le tabagisme est souvent considéré comme un choix personnel. Il y a pourtant des solutions pour contourner cela et pallier aux difficultés de participation au dépistage. “Au Royaume-Uni, des camions équipés de scanners s’installent sur les parkings des centres commerciaux, c’est le dépistage qui vient aux gens et non l’inverse”, souligne le pneumologue.

Au-delà de cette réticence de principe, se pose la question du financement, d’autant plus dans le contexte de crise sanitaire. Même si avec de la volonté, “le Covid-19 pourrait être une opportunité”, souligne Nicolas Girard, précisant que ces derniers mois, l’utilisation plus fréquente du scanner pour évaluer le degré d’atteinte des poumons et surveiller l’évolution du virus chez les patients les plus sévères, a de facto augmenté le diagnostic de formes précoces de cancers du poumon.

A l’occasion du lancement ce 4 février du plan Cancer, l’Institut du cancer (Inca) a mis à contribution les Français entre septembre et octobre dernier. La consultation, qui a recueilli plus de 23 000 contributions, a identifié l’axe “prévention” comme priorité numéro 1, dont “l’évaluation de la faisabilité d’un dépistage du cancer du poumon”, comme mesure la plus soutenue.

Sources :

  • Conférence de presse, Institut Curie (janvier 2021).
  • Interview Pr Nicolas Girard, Institut Curie.
  • HAS, Cancer du poumon : pertinence du dépistage chez les fumeurs ?, 2016.
  • Institut national du cancer, le cancer du poumon en chiffres
  • NEJM, Reduced Lung-Cancer Mortality with Volume CT Screening in a Randomized Trial, février 2020.

Lire aussi :

  • Cancer du poumon : une web série pour mieux le comprendre
  • Moovecare, l’application pour diminuer les rechutes remboursée

Source: https://www.topsante.com/feed/list/rss/(limit)/30 – Topsante.com

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