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Apnées du sommeil : symptômes et traitements

14 Mar. 2021

En France, environ 8 % des adultes de 20 à 44 ans, 20 % des 45-64 ans et 30 % des plus de 65 ans souffrent d’un syndrome d’apnées du sommeil. L’apnée du sommeil se définit comme “un arrêt respiratoire complet au niveau des voies aériennes supérieures (nez, bouche) supérieur à 10 secondes” explique le Dr. Yves-Victor Kamami, médecin ORL.

De façon très concrète, pendant au moins 10 secondes, le patient ne respire plus du tout, il n’y a pas d’air qui entre dans son organisme, il s’étouffe” développe le spécialiste.

Attention ! Il ne faut pas confondre l’apnée du sommeil (qui se caractérise par un arrêt respiratoire complet) avec l’hypopnée qui fait référence à un arrêt respiratoire partiel : “en cas d’hypopnée, il y a un peu d’air qui passe dans les voies aériennes supérieures, la respiration est atténuée mais n’est pas totalement à l’arrêt“. Cependant, l’apnée du sommeil et l’hypopnée sont souvent associées : les médecins parlent d’ailleurs de syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS).

Apnée du sommeil : quelles causes et quels facteurs de risque ?

L’apnée du sommeil est, en moyenne, 2 fois plus fréquente chez l’homme que chez la femme. Plusieurs facteurs de risque ont été identifiés :

  • Le vieillissement. L’âge est associé à une perte de tonicité des voies aériennes supérieures : “les tissus s’affaissent au niveau de la gorge, ils sont plus flasques, ce qui gêne le passage de l’air” développe le Dr. Kamami.
  • L’obésité. Un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 30 constitue un important facteur de risque pour l’apnée du sommeil : “on constate une infiltration de graisse dans les tissus, notamment de la langue, ce qui bloque la respiration“.
  • Le tabagisme.Chez les fumeurs, on peut observer une hypertrophie des cornets, ces muqueuses situées dans le nez qui augmentent de volume en réaction à la fumée du tabac” explique le médecin ORL. Là encore, ce phénomène peut se traduire par une respiration plus laborieuse et de l’apnée du sommeil pendant la nuit.

À savoir. Les spécialistes estiment qu’environ 60 % des patients atteints d’un syndrome métabolique et 16 % des diabétiques souffrent d’apnée du sommeil.

Apnée du sommeil : quels sont les symptômes ?

L’apnée du sommeil se caractérise par des symptômes aujourd’hui bien connus :

  • Les ronflements. C’est “le” symptôme principal de l’apnée du sommeil : le ronflement est sonore (entre 80 et 100 dB soit l’équivalent d’un aboiement de chien), s’arrête soudainement avant de reprendre bruyamment.
  • Les réveils en sursaut pendant la nuit, parfois avec une sensation d’étouffement.
  • La somnolence diurne. Liée à la fragmentation du sommeil, la somnolence diurne se traduit par une fatigue persistante, des difficultés à se concentrer, des “trous de mémoire”, un manque de concentration, des “coups de barre” pendant les moments monotones (lorsqu’on conduit, par exemple)…
  • L’envie fréquente d’uriner pendant la nuit. Ce symptôme étonnant résulte d’un mécanisme biologique : pour répondre à l’afflux sanguin, le cœur produit une hormone (ANF) dont la fonction est de permettre l’élimination du sel par les reins… ce qui provoque la fabrication d’urine et l’envie de faire pipi.
  • Les céphalées matinales. Les maux de tête au réveil sont provoqués par le déficit en oxygène (donc l’excès de gaz carbonique dans le sang) qui accompagne chaque apnée du sommeil.

À savoir.Les patient(e)s sont souvent envoyé(e)s chez le médecin ORL par leur conjoint(e) qui a remarqué des arrêts respiratoires pendant la nuit, ou des micro-réveils entrecoupés de ronflements” note le Dr. Kamami.

Apnée du sommeil : c’est grave, docteur ?

Oui, car les apnées du sommeil peuvent avoir des conséquences graves sur la santé générale. “Lorsque le patient fait une apnée du sommeil pendant plusieurs secondes, l’organisme n’est pas approvisionné en oxygène : on parle d’hypoxie, explique le spécialiste. À la longue, ces épisodes d’hypoxie peuvent déclencher ou aggraver des pathologies.

  • Du côté des conséquences sur le cerveau, on peut citer un sur-risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) et un risque accru de développer la maladie d’Alzheimer sur le long terme.
  • Du côté des conséquences sur le cœur et le système cardiovasculaire, on peut mentionner l’hypertension artérielle (“environ 1/3 des apnéiques sont hypertendus” souligne le Dr. Kamami) et un sur-risque d’infarctus du myocarde (crise cardiaque).

À savoir. La dépression, le glaucome, les troubles de l’érection ou encore le diabète constituent aussi des conséquences à long terme de l’apnée du sommeil non prise en charge.

Apnée du sommeil : comment est-elle diagnostiquée ?

Le diagnostic d’apnée du sommeil est posé par le médecin ORL. Dans un premier temps, le spécialiste procède à un examen clinique : “il s’agit de voir à quel niveau les voies aériennes supérieures se bloquent lors des épisodes apnéiques : le nez, la luette ou la langue” précise le Dr. Kamami.

Ensuite, le médecin ORL peut proposer un enregistrement du sommeil – on parle de polygraphie ventilatoire.

Le patient se voit confier une machine, un polygraphe, qui mesure le taux d’oxygène dans le sang pendant la nuit (s’il descend en-dessous de 90 %, il y a une désaturation en oxygène, c’est un signe d’apnée du sommeil), qui surveille le rythme cardiaque nocturne (l’apnée du sommeil peut entraîner un emballement du cœur), qui compte combien de fois le patient s’étouffe au cours de la nuit (épisodes apnéiques) et qui identifie dans quelle position le patient fait de l’apnée du sommeil (le plus souvent : sur le dos)” explique le médecin.

À savoir. On parle d’apnée du sommeil légère lorsque le patient s’étouffe entre 10 et 20 fois par heure au cours de la nuit. Entre 20 et 30 fois par heure, il s’agit d’une apnée du sommeil moyenne. Au-delà de 30 fois par heure, d’une apnée du sommeil sévère.

Apnée du sommeil : quelle prise en charge et quels remboursements ?

  • Apnée du sommeil légère ou moyenne

En cas d’apnée du sommeil légère ou moyenne (entre 10 et 30 épisodes d’apnée en l’espace d’une heure pendant la nuit, donc), plusieurs traitements peuvent être proposés en fonction d’où est situé le blocage respiratoire.

Lorsque le blocage se trouve au niveau du nez, le laser peut être intéressant : l’intervention dure environ 5 minutes, sous anesthésie locale, et elle est indolore.

Lorsque le blocage se trouve au niveau de la luette / du voile du palais, le laser est aussi privilégié : l’intervention dure environ 15 minutes, sous anesthésie locale. Si elle est indolore, le patient éprouve une douleur semblable à une angine pendant une dizaine de jours. Les opérations au laser sont remboursées par la Sécurité Sociale.

Lorsque le blocage est au niveau de la langue, une orthèse pourra être envisagée : ce petit appareil dentaire (qui sert à maintenir la langue en avant, pour éviter qu’elle “tombe” dans la gorge, coupant la respiration) peut être acheté en pharmacie (environ 70 euros) ou réalisé sur-mesure par le dentiste (environ 700 euros). L’orthèse est remboursée par la Sécurité Sociale si l’apnée du sommeil s’accompagne de graves problèmes cardiaques.

  • Apnée du sommeil sévère

Le traitement numéro 1 de l’apnée du sommeil sévère, c’est la pression positive continue (PPC) : “il s’agit d’un masque que le patient porte la nuit sur son nez : relié à une machine par un tuyau, cet appareil envoie un flux d’air en continu, empêchant ainsi les tissus de la gorge et du nez de bloquer la respiration” explique le Dr. Kamami.

Les appareils de PPC ont beaucoup évolué au cours des dernières années : ils sont aujourd’hui de plus en plus légers, donc plus agréables à porter, mais aussi plus silencieux et dotés d’humidificateurs pour éviter l’assèchement des voies aériennes” ajoute le spécialiste. Par ailleurs, sur certains masques, le tuyau est relié au niveau du front plutôt qu’au niveau du nez – pour plus de confort. La PPC, dans le cadre d’une apnée du sommeil sévère (indice supérieur à 30), est remboursée par la Sécurité Sociale.

Lorsque la PPC est mal supportée par le patient (cela concerne environ 1 patient sur 2, notamment pour des raisons de claustrophobie), le médecin pourra proposer une intervention au laser ou une orthèse.

Apnée du sommeil : les approches complémentaires. On l’a dit : l’obésité constitue un facteur de risque majeur pour l’apnée du sommeil. “Un accompagnement diététique et sportif peut donc être intéressant, en complément du traitement, suggère le Dr. Kamami. Les patients peuvent aussi se tourner vers la kinésithérapie maxillo-faciale qui aide à faire maigrir la langue.” En outre, chez certains patients, les bandelettes nasales utilisées en running peuvent améliorer la respiration nocturne.

Apnée du sommeil : et la chirurgie ?La chirurgie peut être indiquée pour les patients qui souffrent d’une apnée du sommeil compliquée d’une déviation de cloison nasale ou de polypes dans le nez, répond le médecin ORL. En revanche, la chirurgie de la luette et du voile du palais (UPPP) autrefois pratiquée pour traiter l’apnée du sommeil, ne se fait plus qu’exceptionnellement, en raison d’effets indésirables importants – douleurs, risque de fausse route en avalant…

Covid-19 : l’infection à coronavirus peut être plus grave lorsqu’on souffre d’apnée du sommeil

L’infection par le coronavirus SARS-CoV-2 peut être à l’origine d’une fibrose pulmonaire, une atteinte qui correspond à une perforation progressive des alvéoles qui composent les poumons.

Comme l’explique l’Académie Nationale de Médecine, “la fibrose pulmonaire est la conséquence fréquente de la détresse respiratoire observée à la phase aiguë [du Covid-19] (…) Elle est surtout attribuée à la production accrue de cytokines pro-inflammatoires.

Chez les patients qui souffrent d’apnée du sommeil, le Covid-19 est donc susceptible de réduire encore la fonction pulmonaire : les patients respirent encore moins bien, ils sont rapidement essoufflés” précise le Dr. Kamami.

Chez les patients souffrant d’apnée du sommeil et testés positifs au Covid-19, il est donc recommandé de ne pas utiliser le masque de PPC pendant une dizaine de jours “pour éviter de pousser les particules virales dans les poumons, ce qui risque de se transformer en fibrose pulmonaire” développe le médecin ORL.

Merci au Dr. Yves-Victor Kamami, médecin ORL à Paris et auteur de Ronflement : dormez enfin tranquilles (éd. du Dauphin).

Sources :

  • Inserm
  • En finir avec les ronflements – Dr. Gérard Vincent et Damien Bidaine, éd. Eyrolles
  • Académie Nationale de Médecine

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Source: https://www.topsante.com/feed/list/rss/(limit)/30 – Topsante.com

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